Mesurer le changement
Tout le chapitre répond à une seule question : comment dire proprement qu'un chiffre a changé ? On part des pourcentages, puis chaque outil corrige un défaut du précédent.
Le cours est en anglais : les termes officiels sont indiqués comme ceci rate of change pour que tu les reconnaisses à l'examen.
Enlever l'effet de taille : les pourcentages
Size effect and data readability
1.1Le problème des chiffres bruts
Voici les jeunes sortis du système scolaire en 1998, classés selon leur diplôme et leur situation 3 ans après. C'est un tableau à double entrée double entry table : une variable en ligne (le diplôme), une en colonne (la situation).
| Work | Unemployed | Other | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Moins que le bac | 201 810 | 42 706 | 29 050 | 273 566 |
| Bac | 157 465 | 13 101 | 20 960 | 191 526 |
| Études supérieures | 251 889 | 12 170 | 12 394 | 276 453 |
| Total | 611 164 | 67 977 | 62 404 | 741 545 |
Question naïve : les diplômés du supérieur sont-ils moins au chômage que ceux qui ont le bac ? On lit 12 170 contre 13 101, presque pareil. Mais les groupes n'ont pas la même taille. Comparer des nombres bruts de groupes de tailles différentes, c'est ça, l'effet de taille.
Mais diviser par quoi ? Le tableau a deux totaux : ceux des colonnes (en bas) et ceux des lignes (à droite). Chaque choix répond à une question différente.
1.2Lecture en colonne
column-wise On divise chaque case par le total de sa colonne. Chaque colonne fait alors 100 %.
Question posée : « Parmi ceux qui travaillent, quelle part n'a pas le bac ? »
Parmi les 611 164 jeunes qui travaillent, 33 % n'ont pas le bac.
Comment interpréter ? On compare chaque colonne à la colonne Total, qui décrit l'ensemble de la population :
- « Moins que le bac » = 36,9 % de tout le monde, mais 62,8 % des chômeurs : ils sont sur-représentés over-represented parmi les chômeurs.
- « Études supérieures » = 37,3 % de tout le monde, mais 41,2 % de ceux qui travaillent : sur-représentés dans l'emploi.
1.3Lecture en ligne
row-wise On divise chaque case par le total de sa ligne. Chaque ligne fait 100 %. La question change : « Parmi ceux qui n'ont pas le bac, quelle part travaille ? »
Parmi les jeunes sans bac, 73,77 % travaillent. Pour le supérieur c'est 91,11 %, et 82,42 % en moyenne.
Graphiquement, le cours utilise des diagrammes en barres bar graphs pour comparer les profils, et des camemberts pie charts où l'angle de chaque part est proportionnel au pourcentage (100 % = 360°).
1.4Le $ dans Excel
Dans Excel, on écrit la formule une fois puis on la tire (recopie) vers le bas ou vers la droite. Excel décale alors toutes les références. Le $ sert à bloquer ce qui doit rester fixe : il bloque ce qui est juste après lui.
B$5: la ligne 5 est bloquée. En tirant vers le bas, on divise toujours par la ligne des totaux. C'est le % en colonne.$E2: la colonne E est bloquée. En tirant vers la droite, on divise toujours par la colonne des totaux. C'est le % en ligne.
Astuce Excel du cours : on ne multiplie pas par 100, on clique sur le bouton « % » pour afficher 0,2576 sous la forme 25,76 %.
1.5Les 3 sens d'un pourcentage
Un pourcentage est toujours un nombre sans dimension qui enlève l'effet de taille. Mais il peut vouloir dire trois choses :
- Une répartition (une structure). La somme fait 100 %. C'est le cas des tableaux ci-dessus.
- Une proportion par rapport à une grandeur extérieure. En 2017, PIB Chine / PIB USA = 12 237 / 19 390 = 63,11 %. Ici rien ne doit sommer à 100 %.
- Une variation relative dans le temps. C'est le taux de variation, le sujet de la partie 2.
Taux de variation et multiplicateur
Rate of change and related measures
On passe maintenant au temps. Toute variation se mesure entre deux dates : une date initiale (notée 0, en général la plus ancienne) et une date finale (notée 1). Il faut toujours les préciser. Données utilisées dans toute la suite :
| Île-de-France (INSEE) | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PIB, Md€ GDP | 576,4 | 559,1 | 589,3 | 615,7 | 629,5 | 643,6 | 649,6 |
| Population, millions | 11,7 | 11,8 | 11,8 | 11,8 | 11,9 | 12 | 12 |
| PIB/habitant, k€ | 49,3 | 47,6 | 49,9 | 52,2 | 52,9 | 53,6 | 54,1 |
2.1L'écart absolu, et pourquoi il ne suffit pas
PIB : x2014 − x2008 = 649,6 − 576,4 = 73,2 Md€
73,2 milliards, c'est beaucoup ou peu ? On ne sait pas : ça dépend de la taille de départ. +73 € sur un salaire de 1 000 €, c'est énorme ; sur un PIB, c'est rien. Il faut rapporter l'écart à la valeur de départ. On retrouve la même idée qu'en partie 1.
2.2Le taux de variation
v1/0 se lit « taux de variation en 1, base 0 ». On ne multiplie pas par 100 dans la formule : c'est déjà un pourcentage (0,127 = 12,7 %).
Exemple. PIB/habitant entre 2008 et 2014 :
Dans Excel tu trouveras 9,80 % : Excel utilise les valeurs non arrondies (54,133 au lieu de 54,1). Ce n'est pas une erreur.
Dans Excel, pour les taux par rapport à l'année d'avant, pas de $ : =(C4-B4)/B4. Pour les taux par rapport à 2008, on bloque la colonne 2008 : =(C4-$B4)/$B4.
2.3Le multiplicateur
Il dit par combien la valeur a été multipliée.
PIB/habitant 2011 → 2014 : 54,1 / 52,2 = 1,036. De 2008 à 2014 : 54,1 / 49,3 = 1,0974. Ce dernier nombre te rappelle quelque chose ? C'est le taux 9,74 % + 1.
- m > 1 ⇔ v > 0 ⇔ hausse. Ex. : m = 1,36 ⇔ +36 %.
- m < 1 ⇔ v < 0 ⇔ baisse. Ex. : m = 0,95 ⇔ −5 %.
- m = 2 ⇔ +100 % (doubler). m = 0,5 ⇔ −50 % (diviser par 2).
Pourquoi un deuxième outil qui dit la même chose ? Parce que les multiplicateurs se multiplient proprement, alors que les taux ne s'additionnent pas. C'est la suite.
2.4Les taux ne s'additionnent pas
Un prix monte de 5 % puis baisse de 5 %. Retour au point de départ ? Non : la baisse s'applique sur une base plus grande.
Les soldes. −20 % puis encore −10 % : ce n'est pas −30 %. 0,8 × 0,9 = 0,72, donc une remise totale de 28 %. L'ordre n'a pas d'importance (0,9 × 0,8 = 0,72 aussi).
2.5La transitivité des multiplicateurs
Pour enchaîner plusieurs périodes, on multiplie les multiplicateurs. C'est la transitivité transitivity.
Ex. PIB/hab. : m09/08 × m10/09 = 0,9655 × 1,0483 = 1,0121 = m10/08.
C'est pour ça qu'on ne peut ni additionner ni multiplier des taux : il faut toujours repasser par les multiplicateurs.
Les indices élémentaires
Elementary indices
3.1L'indice base 100
C'est la 3e façon d'exprimer une variation relative, après le taux et le multiplicateur. C'est juste le multiplicateur fois 100.
La date de base vaut toujours 100. Lecture directe : I = 112,70 ⇔ +12,70 % depuis la base ; I = 96,99 ⇔ −3,01 %.
Exemple. PIB base 100 en 2008 : I2014/2008 = 100 × 649,6 / 576,4 = 112,70, donc +12,70 % entre 2008 et 2014.
Pourquoi c'est utile ? Le PIB est en milliards d'euros, la population en millions de personnes. Impossible de les mettre sur le même graphique. En base 100, les deux partent du même point et on compare directement leurs évolutions.
Dans Excel : =C4/$B4*100 (on bloque la colonne 2008).
3.2Des taux de croissance aux indices
Souvent on n'a que des taux de croissance annuels. Méthode en 2 étapes : taux → multiplicateurs → on les enchaîne (transitivité) × 100.
| 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | |
|---|---|---|---|---|
| Croissance du PIB (vs année d'avant) | 1,11 % | 1,10 % | 2,26 % | 1,72 % |
| Multiplicateurs | 1,0111 | 1,0110 | 1,0226 | 1,0172 |
| Indices base 100 en 2015 | 100 | 101,10 | 103,38 | 105,16 |
2016 : 100 × 1,0110 = 101,10. 2017 : 101,10 × 1,0226 = 103,38. 2018 : 103,38 × 1,0172 = 105,16. Le 1,11 % de 2015 n'est pas utilisé ici : c'est la croissance entre 2014 et 2015, qui se situe avant la base.
Question du cours : peut-on calculer les indices base 100 en 2014 ? Oui, justement grâce au 1,11 %. Tu le feras dans le check-point.
3.3Transitivité et changement de base
Un indice n'a de sens que si on connaît sa base. Parfois aucune base n'est « naturelle » (comparer plusieurs pays par exemple) et il faut en choisir une.
Comme les indices sont des multiplicateurs × 100, ils sont transitifs, avec un /100 pour compenser le ×100 en trop :
D'où ça vient : m2/0 = m1/0 × m2/1. On multiplie tout par 100 à gauche → I2/0 = I1/0 × m2/1. Or m2/1 = I2/1/100. C'est tout.
On a n indices multipliés, donc n fois « ×100 ». Il en faut garder un seul, on divise par 100 les n−1 autres.
On divise chaque indice par l'indice de la nouvelle année de base. La base 0 « se simplifie » en haut et en bas.
Exemple. Passer le PIB de base 2008 à base 2014 : chaque année, on divise par I2014/2008 = 112,70. 2008 : 100 × 100 / 112,70 = 88,73. Dans Excel, le dénominateur est toujours la même case, donc on met un $ : =100*B52/$H52.
| Base 100 en 2014 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PIB | 88,73 | 86,07 | 90,72 | 94,78 | 96,91 | 99,08 | 100 |
| Population | 97,50 | 98,33 | 98,33 | 98,33 | 99,17 | 100 | 100 |
| PIB/habitant | 91,07 | 87,93 | 92,10 | 96,39 | 97,72 | 99,08 | 100 |
3.4Réversibilité
Attention : la variation de 2008 à 2014 (+12,70 %) n'est pas l'opposé de celle de 2014 à 2008 (88,73 donc −11,27 %). Mais les deux indices sont liés :
112,70 = 10 000 / 88,73 et 88,73 = 10 000 / 112,70.
D'où ça vient : m1/0 = x1/x0 = 1 / (x0/x1) = 1 / m0/1. On remplace m par I/100 et on arrive à 100².
3.5Le taux de croissance annuel moyen (TCAM)
AARC · average annual rate of change Question : de combien le PIB/habitant a-t-il augmenté en moyenne par an entre 2008 et 2014 ?
Le raisonnement. Sur toute la période, le PIB/hab. a été multiplié par 1,098. On cherche le multiplicateur constant m̄ qui, appliqué chaque année, donne le même résultat. De 2008 à 2014 il y a 6 passages d'une année à l'autre :
Donc TCAM = 1,0157 − 1 = 1,57 % par an en moyenne.
t = nombre d'intervalles, pas nombre d'années observées. 7 années (2008 à 2014) donnent t = 6. C'est l'erreur la plus fréquente.
Le TCAM est fictif : c'est le taux constant qui aurait donné la même évolution globale.
Exemple du PDG. Il veut doubler le chiffre d'affaires en 5 ans (date 0 à date 5). m = 2, t = 5 : 21/5 = 1,149, soit 14,9 % par an. Pas 20 % (100 / 5). Vérification : 100 × 1,1495 ≈ 200. Et 14,9 × 5 = 74,5, pas 100 : les taux ne s'additionnent pas.
Glissement annuel et variation des moyennes annuelles
Year-over-year change and average annual change
4.1Le problème des données mensuelles
Voici le prix moyen d'un kilo de pommes en France, chaque mois. Comment calculer une variation annuelle alors qu'on a 12 valeurs par an, qui en plus montent et descendent avec les saisons ?
4.2Deux méthodes, deux réponses
On calcule la moyenne des 12 mois de chaque année, puis on compare les moyennes deux à deux.
On compare le même mois à un an d'écart, par exemple décembre n et décembre n+1.
Les deux ne donnent pas le même résultat parce qu'elles ne mesurent pas la même chose. La moyenne annuelle résume toute l'année. Le glissement ne regarde qu'un point dans chaque année, et il est sensible à ce qui se passe ce mois-là.
4.3Aperçu : l'acquis de croissance
Le plan du cours annonce aussi l'growth carry-over et le carry-over effect, mais les slides s'arrêtent avant. Voici l'idée pour prendre de l'avance ; ta prof la détaillera en cours.
Avec des données trimestrielles (PIB France, en Md€) : moyenne 2014 = (531,8 + 531,5 + 534 + 536,4) / 4 = 533,43. Le 4e trimestre 2014 vaut 536,4, plus que la moyenne. Si le PIB restait bloqué à 536,4 pendant toute l'année 2015, la moyenne 2015 serait 536,4, soit déjà +0,56 % par rapport à 2014. Cette croissance « déjà acquise » au début de l'année, c'est l'acquis de croissance.
Fiche récap
À relire la veille du partiel.
Les 7 pièges du partiel
- Se tromper de dénominateur : cherche le mot « parmi ».
- Oublier de préciser les deux dates d'une variation.
- Additionner des taux (+5 % puis −5 % ≠ 0 %).
- Croire qu'un taux qui diminue veut dire une baisse (il faut qu'il soit négatif).
- Faire la moyenne arithmétique des taux au lieu du TCAM.
- Prendre t = nombre d'années au lieu du nombre d'intervalles.
- Oublier le $ dans Excel, ou le mettre au mauvais endroit.